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18 décembre 2008
Emilie Rouget

La Dépêche du Dimanche

Télévision, la régression ? la réforme de l’audiovisuel... Un essai de Serge Regourd sur l’audiovisuel public.

Le Conseil des minstres a avalisé mercredi la réforme de l’audiovisuel qui entérine notamment la suppression de la publicité à France Télévisions. Auteur d’un livre rigoureux - « Vers la fin de la télévision publique ? » - Serge Regourd, professeur à l’Université des sciences sociales de Toulouse et directeur de l’Institut du droit de la communication, nous donne son sentiment sur ce que Nicolas Sarkozy appelle une « révolution culturelle ».

Le Conseil des minstres a avalisé mercredi la réforme de l’audiovisuel qui entérine notamment la suppression de la publicité à France Télévisions. Auteur d’un livre rigoureux - « Vers la fin de la télévision publique ? » - Serge Regourd, professeur à l’Université des sciences sociales de Toulouse et directeur de l’Institut du droit de la communication, nous donne son sentiment sur ce que Nicolas Sarkozy appelle une « révolution culturelle ».

La Dépêche Du Dimanche : « Révolution culturelle » : le terme n’est pas excessif ?

Serge REGOURD : La Commission Copé utilise l’expression « révolution technologique »… Je parlerais plutôt de mutation avec un risque de paupérisation, de régression de la télévision publique. DDD : Mais c’est un « coup politique »…

S.R. : Effectivement. Dans la mesure où la suppression de la publicité avait été une revendication des milieux de gauche - Rocard l’avait proposée. ça aurait pu être une véritable réforme si Sarkozy avait été jusqu’au bout de la logique : proposer des financements alternatifs ou substitutifs pérennes, en clair accepter d’augmenter la redevance pour la mettre dans la norme européenne ; celle-ci est de 116 €, la moyenne est à 161€. Les sources de financement proposées sont insuffisantes et aléatoires économiquement - personne ne peut prévoir quelle sera l’évolution des ressources publicitaires de télévisions privées ou du montant des abonnements des fournisseurs d’accés Internet - et juridiquement - la taxation de ces fournisseurs est discutable.

DDD : Pour Nicolas Sarkozy, France Télévisions ne serait pas suffisamment «  service public » par rapport aux chaînes privées. Prétexte ou réalité ?

S.R. : Il part de constats partiellement fondés. Il y a des domaines où, depuis des décennies, au niveau des programmes, la différence entre les chaînes publiques et privées ne saute pas aux yeux…

DDD : Cette réforme pourrait faire de la télévision publique une télévision d’Etat ?

S.R. : Le risque est avéré. La nomination, directe, par le président de la République, du P.-D.G. de France Télévisions, c’est une régression. Cela n’existe pratiquement pas dans les démocraties libérales. La bonne formule, pratiquée ailleurs, consisterait à le faire désigner par le conseil d’administration de France Télévisions. Il y a donc bien un risque, d’autant qu’une disposition nouvelle prévoit qu’il pourrait aussi être procédé à la révocation du président…

DDD : La télévision joue toujours un rôle majeur en tant que pratique culturelle ?

S.R. : C’est l’équivalent - à raison de trois heures par jour - de douze années de vie moyenne d’un individu ! Les enjeux, éducatifs, citoyens, démocratiques sont donc essentiels. Et la télévision publique doit être largement émancipée des contingences financières, économiques, immédiates.

Recueilli par Philippe Brassart, le 26 Octobre 2008

Retrouvez l’article sur le site de la Dépêche

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