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Le public est-il la priorité du spectacle subventionné ?
par Daniel Conrod, dans Télérama du 27 octobre 2007
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Lorsque Peduzzi recrute pour le poste de délégué général (du Syndeac) Jean-Claude Wallach, tout s’embrase. Wallach est l’auteur de La culture, pour qui ? (éd. de l’Attribut), un livre dans lequel il dresse un bilan sévère - et souvent lucide - de la démocratisation culturelle en France.
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Les réactions
Le public est-il la priorité du spectacle subventionné ?
9 juillet 2010
Salut, Fidèle de votre site, j’aimerais savoir comment m’abonner au rss depuis mon nokia. Je suis souvent en déplacement et je voudrais pouvoir continuer à le consulter dans le train Stéphane
Pari en ligne
Le public est-il la priorité du spectacle subventionné ?
13 août 2008, par loan
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Le public est-il la priorité du spectacle subventionné ?
3 novembre 2007, par Loizorare
Salut les jeunes !
Beaux texte de Jacques et réaction utile de mon ami Michel... Juste signaler, en écho, le titre d’un article de Bernard Dort dans Le Monde ( je crois que c’est fin des années 70 ou début des années 80) qui s’appelait déjà : "Trop plein, trop vide !", signalant l’inflation de spectacles et la pauvreté des contenus...
Je partage (parfois)(souvent) cette impression, mais je n’oublie pas que la génération qui nous a précédé disait déjà la même chose : "Après avoir vu Gérard Philipe, aucun théâtre n’est acceptable..." ai-je entendu...
Continuons le débat !
Amicalement
Pour en rajouter une couche
28 octobre 2007, par Michel Delon
Salut Jacques,
Je me permets de rebondir sur ton texte, moi qui n’ai pourtant pas ta légitimité, et qui me suis éloigné volontairement du petit monde très fermé du théâtre français. La défroque de « journaliste culturel » sous laquelle tu m’as connu s’est changée en celle de « graphiste ». Mais comme le théâtre est une maladie que je traîne depuis mes quinze ans, j’y suis revenu, en me disant que peut-être, la somme des connaissances acquises sur le terrain pourrait alimenter la réflexion sur la communication entre les structures culturelles et les publics.
Depuis douze ans maintenant, je fais des « plaquettes », ces machins le plus souvent imbuvables dans laquelle on met côte à côte des textes généralement insipides et de mauvaises photos de spectacle. Passage obligatoire pour obtenir le retour sur abonnement qui prouve que le public est content, et qui permet à l’entreprise culturelle de prouver à ses subventionneurs qu’elle est bien gérée.
Comme je suis un peu con, j’espère encore tomber sur une équipe qui a des idées, des envies, un réel positionnement par rapport à la formation de son public, une étude affinée des composantes sociologiques des bassins de population sur lequel le lieu peut agir…
Rien de tout ça, la demande est toujours la même : faire joli, ne choquer personne, ne pas prendre position et si possible édulcorer au maximum le sens pour ne pas faire peur, écrire gros (à cause du public très important de personnes âgées). Et c’est tout. Enfin, pas tout à fait, puisqu’il y a le politique (maire, etc.) qui a quand même son mot à dire, et on te rappelle qu’« il » n’aime pas le noir et que c’est très important.
Pourquoi raconter tout ça ? Parce ce déni du sens se retrouve bien au-delà de la petite problématique de la communication culturelle. C’est le théâtre tout entier qui ne veut plus prendre position sur la société. Il devient un produit comme les autres, que l’on propose à la consommation. J’en veux pour preuve le glissement des appels d’offres concernant les fameuses plaquettes. En quelques années, les notes artistiques sont passées de 60 ou 50 % en général à 25 % au mieux, bien entendu le prix à suivi une ascension inverse…
Bien sûr, tout cela est vu du petit bout de ma petite lorgnette… Reste que ce que tu dénonces comme étant « [le] manque [d’]un soupçon de folie » m’apparaît plus comme une volonté dramatique de ne pas faire de vague et de plaire à tout le monde (surtout aux politiques qui signent les chèques). Sommes-nous encore engagés dans ce qui s’appelait dans les années 70-80 l’action culturelle ? Ce principe qui voulait que l’on aille chercher le public, qu’on le forme, dès l’école, pour en faire des spectateurs critiques, armés de références minimales pour être capable de faire un choix ?
Pour ce qui me concerne, après avoir vu pendant dix ans plus de 300 spectacles par an, je vais rarement au théâtre maintenant, je m’y ennuie trop souvent. Même la rue est devenue tristoune… Mais j’y crois toujours, parce j’ai vécu entre-autre des Réveillons des boulons, des Géants au Havre, et des moments de fulgurances et de passion dans bien des salles de France d’Europe ou du Québec.
Alors oui ré-inventons !
Michel Delon, www.concordances.net
Le public est-il la priorité du spectacle subventionné ?
26 octobre 2007, par Livchine Jacques
Les théâtres publics sont pleins, et pourtant vides.
Pourquoi suis -je un des seuls à avoir la légitimité de parler ? Parce que j’ai vécu comme spectateur et comme acteur les 40 dernières années du théâtre public.
Quand jeune lycéen parisien, je descends pour la première fois les marches de Chaillot happé par une matinée étudiante à 2,00F, je sens palpiter en moi quelque chose de pas banal, un souffle. Ici, c’est comme il est dit sur le fronton de Bussang « par l’art pour l’humanité »
Je sens bien que je suis entraîné dans un théâtre d’émancipation bien éloigné des matinées sordides de la comédie Française où ma mère croyait bon de m’emmener.
J’assiste ensuite à la naissance des théâtres de banlieue.Dans une société étouffante, Nanterre ou Aubervilliers étaient des ballons d’oxygène, tout y était différent. On sentait le vent de la pensée, d’une pensée critique et subversive. Debauche, Garran, Gatti
Tout était différent de d’habitude, ces théâtres montraient qu’ils étaient tout, sauf bourgeois. Je me revois à Nanterre dans un quartier où Vitez jouait quelque chose comme Felix Kulpa, les gens du quartier se mêlent aux professionnels, le curé au syndicaliste. On ne se quitte pas à la fin du spectacle, on débat. La société est là, représentée dans son entier.
Je n’ai que des souvenirs de grande ferveur, et de tout un côté illicite, c’est de la culture » très frontière, ça frise sans arrêt, le politique ou le social. Tout est brûlant, passionné. Je me suis inscrit à Etudes théâtrales à Censier. J’accède grâce à Bernard Dort, à Brecht et à toutes sortes de théories sur le théâtre de service public.
Je me passionne pour toute cette nouvelle vie théâtrale, je vais voir le Berliner Ensemble, à Berlin Est, la Taganka à Moscou.
Je fonde le théâtre de l’Unité en mars 1968. Je vis deux mois de rêve à jouer dans les usines et les lycées occupés. C’est vrai, on ne sort pas intact de ces expériences, où l’on sent que le théâtre peut être pour les gens quelque chose d’indispensable et de vital.
Peu à peu je sens une maladie grave qui attaque le théâtre public, une sorte de mildiou , Le théâtre devient un produit, les directeurs sont des bons gestionnaires prudents Une sorte de bon goût moyen et uniforme s’installe. C’est convenu, c’est posé dans la ville, on ne sait pas bien pourquoi.
Quelque chose ne va pas, le socio culturel devient le bouc émissaire. Une fracture se dessine.
C’est là que le théâtre de l’Unité décide de tenter une expérience. Faire un détournement de scène nationale. Nous enflammons Montbéliard pendant 9 ans avec le centre d’art et de plaisanterie.Nous affirmons qu’il ne s’agit pas de remplir le théâtre de Montbéliard mais remplir Montbéliard de théâtre. Expérience inouïe, un vrai printemps de Prague.
Nous inventons une monnaie, des placotages, des concepts toujours différents. Nous appliquons le vieil adage du franc Comtois Claude Nicolas Ledoux « invente ou je te dévore ». Nous allons même jusqu’à offrir une partie de la subvention à tous les habitants qui affirment ne pas être touchés par la scène nationale. Nous sommes soutenus par un formidable adjoint à la culture, qui pense que la culture c’est pour faire bouger la ville. Au bout de neuf ans , nous estimons que la routine a pris le dessus, une DRAC réticente qui nous accompagne mal, les confrères des scènes nationales qui nous traitent de populistes, le personnel est épuise. Nous démissionnons.
Mais nous avons montré que c’était possible, une scène nationale vivante drainant des jeunes, semant le désordre dans les âmes, et dans la rue, mêlant toutes sortes de public, abordant tous les arts à la fois, le culinaire, la rue, l’intime, les machines, faisant sortir toute la ville pour un réveillon des boulons incroyable mais toujours avec un souci de décalage permanent.
Pendant ce temps –là, les fondamentaux du théâtre de service public ont fondu un peu partout en France. Ils sont là, certes, mais tristement édulcorés.
Je continue de fréquenter les théâtres, et je sens que quelque chose ne va pas. J ’observe les dérives provoquées par des abonnements de plus en plus sophistiqués. Les CE ont lâché l’affaire. Les jeunes désertent, en dehors de tout un public captif de collégiens et de lycéens. Le reste du public a vieilli. Les programmations ne sont pas mauvaises en soi, mais ternes, les représentations tristes, pas festives, ne laissant aucun souvenir. On consomme. La ferveur s’en est allée ailleurs. Les directeurs s’accrochent à leur place, s’enivrent de toute une prose sur le spectacle vivant, la création, les auteurs contemporains, ne cessent de faire de l’auto satisfaction. C’est sûr, ils sont tous devenus d’excellents programmateurs et de bons gestionnaires. Mais il leur manque un soupçon de folie, ils sont plus du côté des préfets que du côté des artistes. La vie a déserté leurs théâtres. Bien sûr il y a des exceptions, mais la sortie au théâtre est devenu pour moi une espèce de pensum auquel je me contrains . Ce théâtre public, que j’ai tant aimé a disparu. Les théâtres ne sont plus des lieux de vie et de rencontres et de frictions. Souvent, moins de quinze minutes après la fin du spectacle, on ferme le théâtre. Pas de troisième mi temps , où l’on peut boire un verre et discuter avec les artistes. Voilà, les théâtres subventionnés sont souvent pleins, mais vides d’âme.
C’est ailleurs que ça se passe, dans des abris provisoires, dans des lieux improbables, dans la rue , dans le rural, dans ce qu’on a appelé un moment les lieux intermédiaires, « les nouveaux territoires de l’art ». Mais ces nouvelles cellules de création, ces laboratoires, ces expérimentations ne sont que très peu soutenues et ont du mal à se faire une place dans le paysage culturel Français. Pourtant la France est riche d’artistes uniques,décalés, prêts à toutes les inventions.
Bref, c’est comme une séparation, un divorce. Je ne peux plus supporter que la sortie au théâtre soit de l’ordre de la punition, je suis prêt à m’ennuyer, mais dans une certaine ambiance, avec du dialogue de la polémique.
Si j’étais Ministre de la Culture, je rendrais mes cent établissements du réseau national à leurs collectivités territoriales et je m’occuperais de faire monter en puissance, les lieux d’expérimentation, les lieux ouverts jour et nuit, les lieux de vie, les lieux habités, les lieux qui bougent, les lieux de carrefour des arts et des populations, les lieux alternatifs en synergie avec leurs territoires, je soutiendrai toutes les expériences où on invente une relation spéciale avec le public, non plus basée sur un contrat d’abonnement, mais sur une nouvelle manière de mordre l’Art et la société. L’Art ne peut pas être convenu ou convenable, ce n’est pas non plus une glace à la vanille, ou un produit adoucissant. Il faut relire Dubuffet qui nous ouvre de belles pistes, sur l’art qui n’aime pas les lits que l’on fait pour lui.
Je suis prêt à dire que Vilar c’est fini, mais à condition qu’on veuille bien le remplacer par quelque chose de plus intense, de plus essentiel,de plus ouvert, de plus vibrant, de plus voyou.
Disons que la situation est propice pour tout ré-inventer. C’est le début du quinquennat.
Jacques Livchine
Metteur en songe
Co-directeur du théâtre de l’Unité
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