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13 juin 2008
éditions de l’attribut

Les Echos

Un ouvrage fouillé

FRANCOIS MOREL, FARCEUR ENCHANTEUR d’Eric Fourreau

Le rieur mélancolique

Le portrait d’un amuseur très méditatif.

Editions de l’Attribut, Toulouse, 120 pages, 14 euros.

On ne sait sur quel pied danser avec François Morel. Pur amuseur, satiriste ou rêveur en profondeur ? On peut le vérifier avec le nouveau spectacle qu’il a écrit et joue au théâtre du Rond-Point avec Olivier Saladin, « Bien des choses » (jusqu’au 15 juin). C’est un récit à deux voix, où des Français moyens se parlent à travers les cartes postales de voyages. Bien sûr, ces gens ne voient rien dans les pays qu’ils visitent ; ils reproduisent à l’étranger ce qu’ils sont chez eux. Mais la comédie ne fonctionne pas qu’à ce premier étage. Elle a son second degré et une complexité dans la forme qui ne sont pas la marque d’un comique pressé, seulement soucieux d’efficacité. Les chansons de François Morel, qui ne figurent pas dans cette dernière pièce, ont également un pouvoir d’émotion, une joliesse mélancolique inattendues.

Energie et mauvaise humeur

Eric Fourreau consacre un livre à celui qui fut un temps l’un des fantaisistes de Canal+, « François Morel, farceur enchanteur ». C’est Daniel Pennac qui préface (« Toute la surface se gondole sur fond de mélancolie », affirme-t-il). Et Fourreau décrit la trajectoire d’un artiste qui avance en deux temps : d’abord les années parmi les Deschiens de Deschamps et Makeïeff, ensuite l’itinéraire personnel avec ses prestations d’acteur et ses propres spectacles, « Les Habits du dimanche », « Collection particulière »...

« Avec son patronyme et son physique de douanier, son accent de Camembert et ses origines modestes, François Morel partait avec un code génétique de Français moyen », écrit Fourreau, qui suit pas à pas son sujet, s’entretient avec lui et définit sa recette comme celle d’un « cocktail hilarant-émouvant ». Le livre est aussi une enquête sur ceux qui ont côtoyé Morel ou travaillé avec lui. Ainsi Jérôme Deschamps admire son inventivité et son énergie, mais note son éventuelle mauvaise humeur... Et le metteur en scène Marcel Bozonnet se souvient de la force avec laquelle Morel incarnait un gardien de musée muet dans une pièce de Peter Handke ! L’auteur des « Habits du dimanche » garde, au final de cet ouvrage fouillé, un mystère, celui qui donne un goût singulier au rire qu’il provoque. G. C. 13 juin 2008

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