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Le ministère de la Culture a bientôt 50 ans. Que reste-t-il de la fameuse exception française voulue par André Malraux ? Rencontre avec Jean-Claude Wallach, consultant en politiques publiques de l’Art et de la Culture. Auteur de La culture, pour qui ? Essai sur les limites de la démocratisation culturelle, Éd. de l’Attribut.
La démocratisation culturelle ?
Une notion franco-française ! Le siècle des Lumières puis la Révolution ont établi un rapport étroit entre progrès des connaissances et citoyenneté. Le terme « démocratisation » est controversé puisqu’il renvoie à deux notions : l’une quantitative, l’autre qualitative. La même ambivalence existe à propos du mot « populaire ». Qu’est-ce qui justifie cette appellation : remplir Bercy, ou toucher plusieurs couches de la population, y compris les moins favorisées ? Dès sa création, le ministère de la Culture a misé sur le développement de la production artistique, sans se pencher suffisamment sur la manière de la diffuser. En fait, l’accroissement de l’offre culturelle entraîne une augmentation de la consommation de ceux qui avaient déjà accès à la culture.
C’est prouvé ?
Dès les années 50, l’apparition du Livre de poche a confirmé cette tendance. Contrairement aux attentes, il n’a pas démocratisé la lecture. Les mêmes lecteurs ont lu plus de livres, voilà tout. Plus tard, en 1990, dix ans après l’arrivée de Jack Lang, une étude sur les pratiques culturelles des Français a enfoncé le clou : la structure sociale des publics ne bouge pas, malgré l’argent investi (doublement du budget de la culture lors de la prise de fonction de François Mitterrand).
« Éduquer » à la culture ?
Sur ce point, l’héritage de Malraux est encore présent. « L’œuvre se suffit à elle-même », disait-il. Malraux rejetait donc cette notion d’éducation… C’est typique d’un certain rapport bourgeois à l’art. L’éducation nationale serait là pour faire connaître les chefs-d’œuvre, la Culture pour les faire aimer. Au sein d’une politique culturelle où la diversité doit avoir toute sa place, la question de l’éducation est primordiale. Dès son plus jeune âge, un individu doit pouvoir se construire une relation avec l’activité artistique et les œuvres, consacrées ou non, du patrimoine national. Être confronté à des langages, pour ensuite les maîtriser. Sans tomber dans l’illusion « nous sommes tous des créateurs », et sans abandonner des exigences qualitatives.
L’avenir ?
Les politiques culturelles sont des politiques de certitude. Celles qui ont été menées à partir des années 60 ont accompagné les Trente glorieuses [1] : il était acquis que demain serait meilleur qu’hier. Ce n’est plus le cas. Certains maires auraient perdu les dernières élections pour avoir trop investi dans la culture. Cela en dit long sur le malaise de la société et son incapacité à se projeter dans un avenir positif. C’est une transformation considérable…
Recueilli par Abdelkrim Branine, Octobre-Décembre 2008
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