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10 octobre 2009
éditions de l’attribut

Le Forum, par Raymond Weber

Analyse décapante et rêve-utopie vivifiante !

C’est à l’occasion du 50e anniversaire de la création du Ministère de la Culture en France que Jean Hurstel, ancien directeur de « La Laiterie » à Strasbourg et qui préside actuellement « les Halles de Schaerbeek » à Bruxelles et le réseau européen « Banlieues d’Europe », nous présente, sous une forme théâtrale dialoguée entre un « auteur » et un « acteur » , la tragi-comédie vécue par les acteurs de la culture dans leur cheminement cinquantenaire. Les deux premiers actes retracent, d’un point de vue délibérément partiel et subjectif, l’histoire de cette aventure culturelle, en nous présentant la genèse houleuse et turbulente de la politique culturelle française et l’utopie de la démocratisation culturelle . Cette utopie s’est essoufflée, puisqu’il était sans doute « une illusion de croire qu’il suffirait de faire fonctionner la machinerie institutionnelle pour qu’elle produise année après année des biens et services culturels offerts à d’interchangeables consommateurs ». Mais, face à cette politique de l’offre, face aux institutions officielles, se sont ouverts des champs d’expériences et de pratiques nouvelles, avec de nouvelles dynamiques culturelles, avec l’ouverture à de nouveaux publics, à d’autres cultures, à d’autres pratiques artistiques et culturelles plus largement partagées. Le 3e acte nous montre que, si le souffle utopique initié par le théâtre populaire, par l’action socio-culturelle et par la politique d’un André Malraux semble retombé, d’autres utopies ont pris aujourd’hui la relève :
-  les utopies politiques qui tâchent de réinventer la forme et le sens d’une aventure commune, en réinvestissant les terres populaires, les territoires de l’exclusion et en redonnant une dimension politique nouvelle à la culture ;
-  les utopies urbaines qui, à travers une triple rupture - rupture dans l’espace, par un décentrement des lieux de culture consacrés ; rupture dans la relation avec la « bande passante » des publics ; rupture du cadre économique conventionnel – s’ouvrent des horizons nouveaux, comme « villes créatives », avec les arts de la rue et l’art dans l’espace public, notamment ;
-  les utopies des friches culturelles, « nouveaux territoires de l’art » où se projettent tous les désirs d’existence, d’espérances et de potentialités d’une génération en quête d’existence et où s’expriment le désir d’une nouvelle relation avec la population et la recherche de nouvelles traversées artistiques ;
-  les utopies que Jean Hurstel appelle « périphériques » : quartiers et banlieues dits « difficiles », mais où l’on peut constater « un jaillissement perpétuel des mots, des rythmes, des sons, des couleurs pour faire échec à la formidable tentative d’enfermement, d’exclusion, de négation, de régression qui menace les banlieues du monde ». Dans son précédent livre, « Réenchanter la ville » , l’auteur décrit ce qui s’est passé ces dernières villes dans 8 villes européennes et comment s’est (re)créé, à travers des expériences de carnaval des cultures, de Zinneke Parade, de festivals de la soupe etc, l’envie de participer à la vie de la cité, comment s’est renforcé le sentiment d’appartenance à une ville, comment s’est établi une nouvelle dynamique créatrice et comment se sont ouverts des champs nouveaux de formation mutuelle et d’ouverture à des processus et trajectoires artistiques et culturels « autres » ;
-  les utopies européennes : c’est surtout les réseaux culturels qui en sont porteurs : réseaux professionnels (tels que l’IETM), écoles d’art, réseau de formateurs en administration culturelle, réseaux de résidences d’artistes, réseaux de musiques et de danses traditionnelles, ainsi que des arts vivants, etc. Ces réseaux, à travers une coopération culturelle et une citoyenneté active, vivent en quelque sorte l’Europe comme une métaphore de l’élaboration d’une œuvre d’art. Terminons sur trois « conclusions » de Jean Hurstel :
-  la mondialisation qui, aujourd’hui, est de plus en plus culturelle, bouleverse considérablement nos valeurs, nos représentations et nos modes de vie. Nous avons, plus que jamais, besoin d’une triple ouverte : « ouverture sur des populations dites éloignées de la culture ; ouverture de la culture à de nouveaux domaines ; ouverture sur l’infinie richesse culturelle du monde » ;
-  « relier sans cesse, ouvrir et dépasser les représentations imaginaires, les expressions symboliques, avec les productions artistiques, les démarches culturelles partagées, voilà l’enjeu essentiel d’une nouvelle, d’une autre politique culturelle qui nous permettra de conjuguer altérité, diversité, créativité à tous les temps du futur » ;
-  « l’important (dans le débat culturel) n’est pas dans l’accord ou dans le désaccord, mais dans le débat, dans l’absolue nécessité du débat ». Analyse décapante et rêve-utopie vivifiante, ce livre est à conseiller à tous les acteurs culturels, à quelque position qu’elles/ils soient !

Le Forum, Luxembourg. par Raymond Weber, ex-Directeur de l’Enseignement, de la Culture et du Sport au Conseil de l’Europe Août 2009

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